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Les Québécois au Japon
 Drapeau du JaponDrapeau du Québec

 

Extrait du livre :
DES LYS À L'OMBRE DU MONT FUJI : Histoire de la présence de l'Amérique française au Japon
publié aux Éditions du Bois-de-Coulonge par Richard Leclerc, Ph.D

 

Qui sont les Québécois habitant le Japon ?

Il est compliqué d'évaluer exactement le nombre de Québécois ayant résidé au Japon depuis 1898, sachant que pour la statistique japonaise, ils sont assimilés aux citoyens canadiens. Grâce aux archives des communautés religieuses, il a été possible de chiffrer cette présence. À partir de 1970, il devient difficile d'obtenir une image exacte de la situation, sachant que le Japon attire de plus en plus de Québécois œuvrant en dehors des cadres de l'Église. Néanmoins, c'est en s'appuyant sur des estimations dérivées de la croissance du nombre de ressortissants canadiens, habitant dans l'archipel pour la période de 1970 à 1992, que la population laïque a pu être estimée.

Hélène Paradis

Sr Hélène Paradis (->), première ressortissante québécoise à s'établir au Japon, vers 1898.
(Collection des Franciscaines Missionnaires de Marie)

Depuis 1898, près de mille Québécois se sont disséminés dans 37 des 47 préfectures administratives de l'archipel. À l'exception de quelques régions déjà sous la juridiction de communautés catholiques européennes où l'Église du Québec n'a pas étendu son apostolat, elle a jeté des bases solides dans les principales villes de Honshu et de Kyushu. Plus récemment, les laïques affranchis des contraintes territoriales imposées par le clergé, diluent le regroupement traditionnel des ressortissants québécois dans certains pôles de développement missionnaire, modifiant ainsi la géographie de cette présence au Japon.

De tous les pays d'évangélisation, l'archipel est un de ceux qui attire le plus de Canadiens français. Plus de cent communautés religieuses catholiques, venues principalement d'Europe et d'Amérique du Nord, sont établies au Japon depuis la fin du XIXe siècle. Au sein de l'organisation ecclésiastique nippone, le pays de Jacques Cartier peut se glorifier de la fondation de 24 missions et d'avoir contribué, par l'apport individuel de ses citoyens, au fonctionnement de 7 communautés internationales. En un siècle, seulement deux groupes cessent toutes activités, le plus souvent en raison d'un manque de ressources ou de la Seconde Guerre mondiale qui désorganise leurs activités. Les premiers missionnaires s'installent sur les îles de Kyushu, centre historique de la chrétienté japonaise. Les contraintes imposées dans les années 1930 et 1940 par les problèmes domestiques et internationaux, le climat, ainsi que la volonté de diffuser la foi, contribuent à la dispersion des effectifs vers les territoires plus hospitaliers du nord.

Les missions catholiques privilégient les zones réceptives envers leurs œuvres. Le Kanto, qui regroupe la région métropolitaine de Tokyo et les six préfectures voisines, attire le plus grand nombre d'entre eux (37 %). À l'exception du Kinki (14 %), qui réunit les villes de Kyoto et d'Osaka, la présence religieuse se répartit dans des contrées ayant une densité de population moyenne et une économie axée vers l'industrie primaire. Le Tohoku/Hokkaido (30 %) et le Kyushu/Okinawa (15 %) sont affectionnés par l'Église qui y voit des terrains fertiles pour la propagation de la Bonne Nouvelle et l'essor de ses institutions.

Près de 70 % des effectifs missionnaires sont affectés dans la partie nord du pays (incluant le Kanto). Ce regroupement géographique n'est pas l'effet du hasard. Il démontre la volonté du Saint-Siège de les assigner dans des endroits où ils peuvent s'adapter aux conditions du milieu, comme dans le Tohoku/Hokkaido qui dispose d'un climat tempéré ayant des similitudes avec celui du Québec. Au début du XXe siècle, les étés torrides et humides de Kyushu sont néfastes pour plusieurs qui, après quelques mois, quittent la région pour se refaire une santé plus au nord.

Quant aux laïcs arrivés depuis 1970, ils se réunissent dans la région métropolitaine de Tokyo, mais leur présence est mieux diffusée que celle des religieux, car on les retrouve dans 31 préfectures. Ce phénomène est lié au type d'activités qu'ils exercent.

Plusieurs personnes viennent au pays du Soleil-Levant grâce aux programmes linguistiques, éducatifs ou scientifiques commandités par le gouvernement japonais. En accord avec la volonté gouvernementale de favoriser un développement équilibré du territoire, une visée qui s'appuie sur la décentralisation des activités des grandes villes au profit des régions faiblement densifiées, l'Administration tente de les répartir dans l'archipel. C'est également l'occasion pour les agglomérations situées loin des centres à vocation internationale de profiter de l'apport des cultures étrangères. Toutefois, cette distribution géographique en apparence équilibrée cache un partage quantitatif inégal entre les régions et la capitale nationale qui reflète l'influence que cette dernière exerce dans le pays et dans le monde. Alors que depuis 1898, Tokyo accueille plus de 300 Québécois, à l'opposé, cette population n'a jamais dépassé cinq personnes dans 26 préfectures.

L'arrivée des laïcs

Jusqu'à la fin des années 1960, la quasi-totalité des ressortissants canadiens-français sont des religieux. En raison d'une politique d'immigration sélective qui limite l'accès au Japon à certaines catégories de personnes et du contexte historique, ils ne sont pas portés à y œuvrer en dehors des cadres de l'Église. L'expansion économique, l'ouverture du Japon et du Québec sur le monde changent les choses.

Dans l'imaginaire collectif des Québécois du XXe siècle, le Japon est un pays énigmatique qui se réduit à quelques vagues clichés souvent folkloriques et déformés par les médias depuis la tendre enfance. Hormis les conférences des missionnaires, l'Exposition universelle de 1967, tenue à Montréal, est leur premier véritable contact avec le pays du Soleil-Levant. Le Pavillon japonais projette l'image d'une nation fière de ses origines qui a su concilier son passé avec les impératifs du progrès technique. Plusieurs personnes fascinées par leur rencontre avec ce morceau d'Extrême-Orient décident de pousser l'aventure jusqu'au bout en visitant le Japon. D'autres, ne voulant point se borner au tourisme, s'y rendent pour étudier ou pour travailler.

En septembre 1964, la ratification du traité canado-japonais assouplissant la réglementation régissant la circulation des personnes entre les deux pays contribue à l'augmentation des échanges transpacifiques. Cette entente facilite la création, en janvier 1986, du visa vacances-travail qui permet aux Canadiens et aux Japonais âgés entre 18 et 25 ans de séjourner durant un an dans le pays cosignataire tout en y travaillant. Aujourd'hui, la majorité des ressortissants non religieux venus du Québec sont admis sous ce statut de résidence. Bon nombre profitent de leur séjour pour y enseigner le français ou l'anglais dans une des nombreuses écoles de langues privées qui pullulent dans les centres urbains. Appuyé par la popularité des voyages à l'étranger, au Japon, c'est une profession exigeante où les offres d'emplois sont multiples dans un pays unilingue et longtemps demeuré imperméable aux contacts extérieurs.

La sécularisation de la société québécoise, la démocratisation des voyages outre-mer et l'accès au rang de puissance du Japon, concourent à modifier le profil des ressortissants québécois. L'impulsion créée par la participation du Québec à l'Exposition universelle de 1970, à Osaka, aide au développement de liens plus étroits entre les deux nations.

Le gouvernement japonais contribue à ce mouvement par différentes initiatives qui visent à accroître les contacts avec les autres nations, tout en contribuant au progrès de l'humanité. Les bourses d'études du ministère de l'Éducation et le programme Japan Exchange and Teaching, qui permet à de jeunes étrangers d'enseigner l'anglais ou le français dans les écoles nippones, attirent des Québécois, surtout depuis la décennie 1980.

Malgré ces actions qui ouvrent les portes du Japon aux Québécois, le déclin des effectifs religieux n'est pas renversé par l'arrivée de laïcs. La barrière linguistique, la distance et l'appréhension de sortir des sentiers traditionnels, expliquent pourquoi le pays du Soleil-Levant n'attire pas la part de Québécois qui lui revient.

De toute l'histoire de cette présence, c'est en 1970 que le plus grand nombre de ressortissants québécois est enregistré avec un total de 405. Malgré la décroissance des effectifs religieux qui s'amorce dans la première moitié des années 1960, l'arrivée de laïcs, motivés par la soif d'apprendre et de commercer avec les Japonais, contribue à ralentir le déclin de la petite communauté québécoise.

À l'aube du second millénaire, les missionnaires détiennent toujours une place confortable au sein des expatriés québécois. Même si les laïcs restent minoritaires dans la représentation, il n'en demeure pas moins qu'entre 1970 et 1990, c'est le groupe qui connaît la croissance la plus fulgurante (+198 %), spoliant progressivement la majorité détenue par les ecclésiastiques. Toutefois, sans le développement de nouveaux liens, il est à envisager que l'influence du Québec au pays du Soleil-Levant diminuera.


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